La quête de ma posture de chercheur par un détour d’étudiant, une nécessité.
La sortie de ce numéro coïncide avec l’entrée d’un nouveau Président de la République. Son programme est ostensiblement attentif aux jeunes et à l’Education Nationale. C’est un encouragement fort pour une prise en compte attentionnée, marquée par une mise en acte rapide de l’Education tout au long de la vie.
Ce mois de Mai marque la fin des cours de cette année universitaire. Elle s’achèvera complètement pour moi suite à la soutenance orale du mémoire master 2 prévue la seconde quinzaine du mois de juin. Mon mémoire s’intitule : « Epistémologie d’une Recherche-Action : la participation des enfants à leurs loisirs collectifs. Le cas des centres de loisirs en Seine-Saint-Denis. » . Recherche-action 2008-2011. J’ai eu la chance de travailler sous la direction du professeur Jean Louis Le Grand, qui m’a accompagné, encouragé, aguillé pour la réalisation de ce travail critique et réflexif.
Ce mémoire est pour moi la trace d’un long cheminement de neuf mois vers une seconde étape qui m’autorise à mettre un point final à la démarche départementale d’observation des pratiques participantes des enfants du primaire à leurs loisirs collectifs dans les accueils collectifs des mineurs en Seine-Saint-Denis.
L’épistémologie et le travail critique réflexif a eu pour premier effet de présenter cette recherche-action achevée à d’autres personnes étrangères au sujet et à son objet. Éloignées, pour certaines d’entre elles du secteur de l’animation post et péri scolaire en direction des enfants et des jeunes, j’ai dû faire un effort pour me réapproprier un vocabulaire de non-spécialiste de ces questions pour produire une syntaxe épurée.
Ce mémoire apporte des éclairages nouveaux sur les conditions requises à faire participer les enfants collectivement à leurs loisirs en accueil collectifs de mineurs. Il met en valeur les méthodologies retenues tout en pointant quelques faiblesses, comme celles du temps que j’ai davantage dirigé dans l’atteinte d’un programme, au lieu d’être attentif aux rythmes des acteurs impliqués dans la recherche.
L’éducation des enfants est globale et partagée. Ce postulat fait-il unanimité ?
Au coeur de la coéducation, concept fréquemment employé, les points de vue théoriques comme les pratiques divergent. En nous en appuyant sur le temps libre des enfants -au sens de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant- nous interrogeons et mettons en tension les concepts complémentaires de participation, projet, citoyenneté, choix. Les principes et les valeurs qui les sous-tendent éclaireront une éthique de l’éducation. Je ne conçois l’éthique de l’Education que comme une éthique appliquée comme l’explicite Bernard WILLIAMS. J’en tire des enseignements pour ma posture future qui m’autorise à problématiser d’une façon plus rigoureuse à la fois ma démarche, mes parti-pris de chercheur impliqué et l’objet même de ma recherche qui va se concentrer sur les acteurs que sont les enfants.
Cette position car je suis convaincu que l’éducation est fondamentalement politique, telle que la présente PLATON. « Ethique fondée sur le souci de soi, affranchi de ses limites contingentes, l’éducation devient le souci de l’âme d’autrui ». Dans ma pratique de recherche je me découvre chercheur distancié, impliqué, en quête de comprendre et de découvrir une nouvelle connaissance à travers le regard d’autrui : les enfants agissant en centres de loisirs.
Mon parcours : investi dans des élections universitaires !
Malgré les apparences ce petit récit illustre mon cheminement d’apprenti- chercheur en sciences de l’éducation que je suis. Entre les cours, les séminaires, les lectures il y a l’étudiant impliqué. Les élections aux différentes instances universitaires m’ont occupé quelques semaines en mars et avril. Avec les étudiants de notre département en sciences de l’éducation : éducation, formation et insertion sociale, l’enjeu est de taille. Eviter la disparition pure et simple du master Education Tout au Long de la Vie, le seul en France. En effet nous sommes en année d’évaluation et de dépôt de dossiers pour son renouvellement. Les enjeux, pour que chaque personne quelques soient son expérience de vie, ses diplômes antérieurs, sa situation professionnelle, son âge, puisse accéder à des études de qualité, relever le défi des possibles est immense. Ce sont les acquis de Vincennes qui sont remis en cause. J’ai pu bénéficier de ce parcours. Je dois tout mettre en oeuvre pour le pérenniser afin que d’autres, à ma suite, prolongent leurs connaissances pour tous. Nous créons « le collectif du 20 mars Paris-8 ».
Des étudiants se démènent avec l’appui de l’association « Oxygène et Tikli » rompue aux arcanes administratives. Les listes sont composées. Les documents légaux déposés. Coup de théâtre ! Aucune d’entre elles n’est validée par la direction de l’université, certains syndicats et non des moindres s’affèrent pour nous empêcher de candidater. Nous saisissons le médiateur de la République qui nous renvoie vers le défenseur des Droits qui n’y peut rien… Les intérêts à siéger dans ces instances offrent des avantages non négligeables. Alors, dès la fac, les pré-carrés sont jalousement conservés. Pour moi, cet épisode constitue une participation collective active, une illustration concrète de la constitution d’une communauté de pratique vivante. Il fait écho à la réflexion engagée par les mouvements d’éducation Populaire de Seine-Saint-Denis à propos de l’éducation à la citoyenneté. Tout au long de la vie.
Les enseignements, toujours, j’en redemande.
Pratiques sociales et apprentissages- Education informelle tout au long de la vie est le séminaire central de ce second semestre. L’objectif de ce module, indique Gilles Brougère professeur à Paris- 13 et au Cnam, est de présenter et de questionner les recherches et les théories relatives à la mise en évidence d’apprentissages au sein de situations qui ne sont pas construites dans cet objectif.
J’ai pu explorer diverses pratiques sociales dont celles relatives au travail mais exclusivement, en ce qu’elles apparaissent comme des espaces d’apprentissages. J’ai suivi avec attention cet enseignement qui m’a conduit à explorer et comprendre les logiques d’emploi des termes éducation ou apprentissage informel dans différents domaines, de situer cet usage dans divers champs par une approche critique de ceux-ci. Une exploration théorique méthodique et très détaillée m’a fait découvrir des concepts, notions mobilisables dans mes pratiques professionnelles et de chercheur en sciences de l’Education. C’est ceux qui me servent directement pour enrichir mon mémoire tout comme sont les notions de formes d’affordance, de participation et de communauté de pratique. Cette approche nouvelle, que j’ai découverte grâce à ce séminaire de quatre journées passionnantes me font réfléchir sur les conséquences de cette approche pour l’éducation informelle en centres de loisirs favorisant des situations pratiques, mettant en œuvre des apprentissages au service d’une participation collective autonome. Les suites que je souhaite engager chercheront à comprendre par quel processus ces acquisitions sont possibles.
A la suite des entretiens non directifs dont j’ai fait part dans le numéro précédent, je n’ai pas été déçu par le séminaire de cinq journées sur l’analyse de contenus. La pédagogie non directive de Patrice Ville au cœur de ce travail collectif demande aussi engagement de chacun. Les principales phases qui permettent de faire émerger les paroles singulières, inédites des étudiants interviewés pour cette enquête permettant l’agrément du master EFIS ETLV s’enchaînent dans une logique que je mets à l’épreuve. Souvenez-vous, je vous avais quitté en mars sur l’interview réalisé. Maintenant, il faut en extraire les idées forces exprimées par l’interviewé, c’est l’élaboration du logigramme qui compose un plan de synthèse révélé par le surlignage en catégories logiques. Une fois réalisée cette phase pour les 17 documents manuscrits transposés sur des feuilles géantes exposées sur les murs d’une salle immense. Anonyme, pour nous y retrouver nous donnons un « surnom » à chacune des personnes révélateur de sa personnalité qui transparaît selon nous dans ses propos singuliers. C’est ainsi que je vais rencontrer : L’Omblic ; L’Avatar ; Le Métabolique ; Sombre Héros des Possibles ; Dans son Nid…. A force de lire, de relire les textes, nous les incorporons au sens premier du terme. Nous avons ensuite construit, à partir de ce panorama une cartographie des idées principales qui ressortent auxquelles nous accolons la référence exacte de la citation dite par son auteur. Ce n’est pas fini. Il faut construire un plan général pour rédiger un dossier cohérent qui rende compte des expressions significatives, notamment les avis et points de vue explicités qui montrent combien ce département de formation tout au long de la vie devra être développer. Il devra également s’étendre à d’autres universités, comme nous le faisons par un rattachement conventionné au laboratoire EXPERICE avec Paris-13. Nous en avons rendu compte publiquement le 15 mai à Paris-8.
Quelques ressources pour ne pas s’arrêter en si bon chemin.
BERRY V. (2007) « Les guildes de joueurs dans l’univers de Dark Age of Camelot : apprentissages et transmissions de savoirs dans un monde virtuel » Revue française de pédagogie, n° 160, à télécharger.
D’actualité, interrogative pour tous les éducateurs que nous sommes, la notion d’apprentissage informel nous est très accessible à fil de cette étude empirique sur le monde virtuel et les communautés de joueurs en ligne.
BERRY V. ( dir.) (2008) "Les communautés de pratique", Pratiques de formation-Analyses, n° 54.
Cet article présente la théorie des communautés de pratiques en montrant comment elle s’est développée au cours de son histoire. La troisième partie attire notre attention en pointant et en présentant les développements de cette théorie de l’apprentissage dans les champs scientifiques, pédagogiques et professionnel.
BILLETT S. (2008) « Les pratiques participatives sur le lieu de travail : apprentissage et remaniement de pratiques culturelles » Pratiques de Formation- Analyses, n° 54.
L’auteur s’attache à analyser le processus inter-psychologique qui s’opère entre apprentissage individuel et pratiques sociales. La place du social et de l’individu sont repensées en tant que pratiques participatives.
BROUGERE G. et ULMANN A.-L. (dir.) (2009) Apprendre de la vie quotidienne, Paris, PUF ?
Certains chapitres sont téléchargeables. Alors n’hésitez pas.
ROGOFF B. et alli (2007). « Développement des répertoires culturels et participation des enfants aux pratiques de la vie quotidienne » In G. BROUGERE et M. VANDENBROECK (dir.) Repenser l’éducation des jeunes enfants, Bruxelles, Peter Lang.
WENGER E. (2005). "La théorie des communautés de pratiques. Apprentissages, sens et identité". Québec : Presses de l’Université de Laval.
Et vous, n’hésitez pas à communiquer vos références, vos ressources, vos expériences par le biais du blog des francas93 ou sur Médiapart en réagissant à nos articles, en devenant rédacteurs. C’est entièrement gratuit et accessible. Tapez ces deux termes dans un moteur de recherche, et hop vous y êtes. Alors à mon tour le plaisir de vous lire.
Philippe WAQLUEMANE