Le texte de l’appel
Trois mouvements d’éducation populaire de Seine-Saint-Denis lancent un appel pour une démocratie plus participative.
Passé le coup de tonnerre du premier tour des élections présidentielles, les valeurs qui fondent nos mouvements, respect de la dignité humaine, démocratie et solidarité nous amènent à prendre nos responsabilités et à attirer l’attention sur deux questions qui ont été et sont encore les grandes absentes des débats et qui sont pourtant à notre sens deux des enjeux essentiels pour la société française : l’éducation conçue comme la formation d’adultes autonomes, émancipés et responsables et la démocratie — dont il faut construire une nouvelle étape plus participative, continue et délibérative.
Nous pensons en effet que la leçon essentielle que nous devons tirer des résultats, c’est que notre société est en panne dans sa capacité à transmettre et à fabriquer un fonctionnement collectif accepté par tous.
La violence à l’école et dans la société en général n’est pas la cause de la crise mais un de ses symptômes. Ne s’attaquer par une action répressive qu’aux symptômes revient à se condamner à ne plus faire que cela sans aucun espoir de régler structurellement le problème.
De la même manière que les modes éducatifs autoritaires et strictement descendants sont en échec, les modes de décision politique trop fortement délégataires et éloignés de la réalité sociale, qui ne prennent pas en compte les jeunes et les étrangers fonctionnent de moins en moins bien ; violence, abstention, vote protestataire, non inscription sur les listes, hémorragie des organisations représentatives.., en sont les indicateurs.
Plutôt que de chercher à restaurer un modèle d’autorité qui ne fonctionnera plus jamais comme avant, nous devons développer autour de l’apprentissage de la citoyenneté active et dans l’exercice de ce pouvoir par tous, les modes de coproduction démocratique de la société et de ses règles qui peuvent seuls nous permettre de sortir par le haut de la crise de la représentation et de la transmission que nous vivons de manière accélérée depuis plusieurs années.
Au contraire d’une approche strictement répressive et de restauration de l’autorité perdue, nous pensons que ce sont nos modes éducatifs et démocratiques qui ne sont plus adaptés à la réalité du développement des capacités d’autonomie de la société.
Les individus qui sont de plus en plus sommés d’être autonomes et responsables dans leur vie professionnelle et personnelle n’accepterons plus d’être considérés comme de grands enfants irresponsables dans l’exercice de leur citoyenneté.
Les enfants quant à eux qui devront être des adultes responsables et autonomes n’accepteront plus d’être considérés comme des réceptacles passif du savoir.
Nous pensons qu’il faut faire le pari de l’intelligence collective et d’une société plus délibérative.
L’éducation de tous à l’exercice de la délibération démocratique sur les questions qui relèvent de l’intérêt général est sans doute le levier le plus puissant que l’on puisse utiliser pour que les règles communes soient reconnues et donc respectées par celles et ceux qui auront participé à leur réflexion et à leur élaboration.
Pour cela, la méthode est relativement simple : le débat démocratique c’est comme la bicyclette, c’est en la pratiquant qu’on apprend à la pratiquer !
C’est dans cet esprit et parce que nous pensons qu’il faut sortir de la crise de la démocratie représentative en la refondant par une pratique plus délibérative, participative et continue que nous nous adressons à l’occasion des élections législatives à l’ensemble des élus et futurs élus, quels que soient leurs mandats, et à l’ensemble des mouvements qui se reconnaissent dans cet appel pour une démocratie plus participative afin que chacun s’engage :
Les élus (Maires, Conseillers généraux, Elus des agglomérations, Députés, Conseillers Régionaux)
à organiser le débat public sur les questions d’intérêt général et les enjeux essentiels avant leur examen et leur vote par les assemblées dans lesquelles ils siègent,
à prendre en compte les éléments issus de ces délibérations publiques,
Les mouvements d’éducation populaire
à poursuivre le développement des outils et moyens qui permettent aux citoyens et futurs citoyens de participer dans les meilleures conditions à ces débats qui concernent la vie de la cité.
à respecter la plus parfaite neutralité dans l’exercice de cette facilitation du débat démocratique.
Nous nous adressons à l’ensemble des formations républicaines du département et à l’ensemble des mouvements d’éducation populaire afin d’entreprendre dés maintenant la mise en oeuvre de cette nouvelle étape nécessaire pour la démocratie.
Les signataires :
Jeannick LEPRETRE
Présidente de l’association départementale des Francas de Seine-Saint-Denis
Pascal ROSARD
Secrétaire général de la Fédération départementale des œuvres Laïques de Seine-Saint-Denis
Pascal AUBERT
Président de la Fédération départementale des centres sociaux-culturels de Seine-Saint-Denis
Mai 2002.