Trois associations nationales, attachées à l’éducation populaire se sont senties concernées par la situation de la diffusion de l’information en France. Une considération de plus en plus mercantile de l’information de la part des médias, percevant ses spectateurs, auditeurs et lecteurs comme une simple masse de clients consommateurs, niant leurs droits à
influencer l’information qu’ils reçoivent. C’est cet état de fait qui a conduit la Ligue de l’enseignement, les Francas ainsi que les CEMEA à fonder, avec l’aide de Journalisme et Citoyenneté, l’association Information et Citoyenneté. Afin d’aider à saisir les enjeux des médias contemporains, cette association a collaboré avec la ville de Bondy et son école de journalisme afin de créer le cursus Média et Démocratie. Ce cursus cherche à cerner les enjeux des médias moderne, enseigner aux personnes à posséder un regard critique sur les informations qu’il apporte afin de réalisé une véritable citoyenneté active.
Quelles sont les relations entre politiques et Média ?
Question d’actualité s’il en est en cette période électorale. Les citoyens imaginent souvent une grande connivence entre les journalistes et les politiques. Il est souvent question d’instrumentalisation des uns par les autres et réciproquement. Mythe ou réalité ? Telle était la question auquel s’exerçait à répondre le module de l’université populaire de Bondy du 14 février.
Réalisé dans le cadre du cursus Médias et démocratie ce module était animé par Christine Menzaghi (directrice de la communication de la Ligue de l’enseignement).
Quatre intervenants se sont déplacés pour faire profiter les auditeurs de leur expérience sur le sujet :
Clémentine Autain femme politique, ancienne directrice de rédaction du mensuel Regards (mettre lien) et productrice à France culture.
Gilles Garnier, élu à Noisy-le-Sec et conseiller général de Seine-Saint-Denis.
Bernard Loche journaliste, rédacteur en chef à France 3 et producteur des reportages "Saga-Cités"
Sylvine Thomassin, maire de Bondy.
Les intervenants ont pris tour à tour la parole pour répondre à la problématique du module, brossant ainsi un portrait de l’univers des médias nationaux et des leurs relations avec le monde politique.
Ils ont ainsi produit l’image d’un univers du journalisme qui s’appauvrit. Le métier de journalisme lui même se précarisant et dont les conditions de travail se détériorent.
Une précarisation et une paupérisation du métier.
La qualité du travail journalistique s’amenuise pour de nombreuses raison : la première c’est la précarisation du métier. "Il y a une paupérisation de la formation et du travail journalistique. Les rédactions se réduisent. Il y a un manque de temps et d’argent pour du journalisme de qualité."explique-t-elle.
M. Loche explique que le temps et l’argent sont des facteurs déterminants dans les médias d’aujourd’hui. " On demande au journaliste de décrire de plus en plus vite un monde de plus en plus complexe. Du coup il y a un manque de temps pour travailler sérieusement. Si on décrit des évènements banals tels que le froid, c’est parce que c’est moins compliqué, moins long et demande moins d’argent que de faire du vrai journalisme d’investigation.[...] La logique de casting remplace la logique d’investigation".
Connivence ou proximité ?
Ils ont précisé que si les relations entre représentants des médias et hommes politiques étaient parfois proches, c’était normal car un bon journaliste est toujours proche de son sujet. "Il ne faut pas confondre proximité et connivence. La connivence toutefois existe mais plutôt parmi l’élite journalistique - même si je n’aime pas ce terme d’élite - qui vivent dans le même cercle que les hommes politiques, ont fréquenté les même écoles et vont aux mêmes soirées" précise M.Loche. "Par ailleurs la proximité et la connivence ne sont pas des nouveautés, dans l’histoire de nombreux hommes politiques ont accédé à leur fonction grâce à leur position de journaliste." ajoute Mme Autain." Les journalistes font partie du monde politique, ils produisent du politique."
Une relation parfois conflictuelle
Par ailleurs la posture de politique face aux journaliste n’est pas toujours évidente non plus. Mme Autain critique par exemple les émissions qui mêlent divertissement et information ("infotainment"), comme particulièrement difficile pour le politique. Composition du plateau, cadrage des plans, organisation de l’interview inattendue, autant d’outils qui sont souvent défavorables et désagréables aux politiques.
Toutefois c’est un lieu qui est indispensable pour les politiques ; non seulement il leur permet d’afficher leur présence sur la scène politique mais aussi de diffuser un message politique auprès de personnes qu’ils n’ont pas l’habitude de joindre. Raisons pour lesquelles les politiques continuent de se rendre dans ces émission malgré l’agacement à leur encontre.
"Parfois on est dans les cordes, mais d’autres fois c’est le politique qui crée l’évènement., surtout avec les réseaux sociaux d’aujourd’hui." déclare M.Garnier
La maire de Bondy affirme tout de même " Il y a une responsabilité des politiques aussi, qui doivent savoir dire non à certaines questions et développer la vision à long terme dans les médias."
Bernard Loche affirme qu’aujourd’hui il y a un sursaut, un désir de changement.
"Les journalistes, en particulier ceux qui forme la base fragilisé, attendent que ce problème soit mis en lumière sans que la faute ne retombe exclusivement sur leur corps de métier."
Cristine Menzaghi déclare que ce problème nécessite que la population cesse de rester bloquer dans une posture passive et statique, attendant une action des politiques ou que la situation se dénoue seule. C’est par l’action des citoyens que la situation peut changer.
